Mercredi 16 avril 2008
I.
Il y a toujours un écho, une réplique similaire, un motif reproductible.
Une contagion possible d’un destin sur l’autre, des occurrences parallèles. Ainsi notre protagoniste n’est sans doute pas le seul à chercher l’âme sœur au milieu de la foule. Peut-être
retrouvera-t-il Isabelle dans ces visages itinérants au quotidien de la ville. Aux aléas de nos étés, si le temps est bienveillant comme aujourd’hui, la tentation est forte de flâner à lire les
journaux, sur la frange extérieure d’une terrasse, là où le flux et reflux du passage évoque un bord de mer. Il y a un cortège de camping car: six ou sept de même modèle, file tortueuse qui remonte
depuis la porte de Halle. Comme occurrence similaire: interrogez autour de vous sur les vacances idéales? Vous ne serrez pas trop étonné d’apprendre qu’il nous faut généralement de l’eau, du soleil
et un brin de tendresse.Il est là, caché derrière ses lunettes noires à effrontément mater les jolies femmes. D’instinct il jauge de leur accessibilité.. Ou non. Comme cette beauté, qui vient prendre son café à la pause de 15h. Contrairement au temps du midi, il y fait plus calme, cela convient à sa discrétion qui adopte une table mangée par l’ombre du côté non-fumeur. Maquillée de verres fumés, elle est souvent habillée d’un trench-coat et d’un fichu de soie, en tel cas, c’est pour masquer un tailleur vraiment mini et protégé le diaphane de sa peau. Quand elle se débarrasse, elle dégage une ample chevelure savamment décolorée. Elle porte une boucle d’oreille et un tour de cou en or, mais surtout un sourire à en ternir le brillant métal.
«Espionne venue de l'est ou Star Hollywoodienne?»
Il pense, à juste raison qu’elle est pour lui inaccordable, mariée, mère de deux enfants, heureuse et plus modestement manager dans un bureau proche. 15h15, elle se rhabille d’incognito. Fin de la pause, elle disparaît!
Sans transition Michel débarque, revenant de la bibliothèque. Ils se sont rencontré l’année dernière, au carré de Moscou pour la fête de la musique puis aux fêtes médiévales de Forest. Michel est un gars plein de gouaille, dont la convivialité est contagieuse. Il ne faut que quelques minutes pour que la table devienne le centre convergeant de retrouvailles: Fred, Benoît, Sandrine, Xavier et par relations ceux et celles plus au moins connus aux tablées proches. Le voilà contraint d’abandonner ses romanesques rêveries. Une cagnotte pourvoit à la tournée. L’après-midi est loin d’être finie!
Fred interpelle.
-Hé! Miche, t’as pas un plan? Ce sont les vacances, on se fumerait bien un pt’i tarpé.
Évidemment les dealers de beuh ou de toche, autant belge que marocain, se sont fait la malle suivant la transhumance estivale. Les meilleurs ne s’arrêtent pas à cette seule vacance de leur poste, ils partent en voyage régulièrement. Ils n’ont pas de raison de se préoccuper de leur clientèle, il y a toujours de la demande.
- Aujourd’hui ce serait plus facile de te trouver de la blanche voire de l’héro que de te dégoter un pt’i bout de shit.
A moins évidemment de monter là haut, entendez Anvers ou Maastricht. Mais, il faut avoir le temps et envie de prendre des risques. Pour la plupart, ils sont plus préoccupés par leur carrière, la maison achetée hors de prix et puis, les enfants etc.
Quand Michel vous dit:
- Je connais un gars qui …
Vous avez intérêt à être assis dans un fauteuil qui vous cale bien le dos plutôt que sur une mauvaise chaise. Il collectionne une galerie de personnages, anciens avatars de ceux ici présent, qu’il ressort dans la discussion avec cette introduction. Il pourrait tout aussi bien commencer par «Il était une fois»
- Je connais un gars qui a fait de mauvais trafics, une mule comme on dit. François, c’est l’exemple même du Blacksheep, un mouton noir, fils de bonne famille, mais fort turbulent. Une gueule d’amour qui avait un peu tendance à se faire des films dans sa tête. On était ensemble au Collège St Michel. A 16ans ont virait Easy Rider sur des mopettes désétranglées. Déjà, à l’époque il poussait les gaz et l’adrénaline à fond. Du coup il s’est ramassé une pelle et a mis des mois pour s’en remettre! Pour le certif de secondaire, nada, zéro.
II.
On peut passer les détails mais sans détails pas d’histoire. Au procès de la littérature qu’en pense François?«J’ai refermé les lourdes tentures de la chambre et me blesse encore de quelques interstices, aiguillons de lumière, trait parasite de mon obscurité. Maintenant, je veux disparaître à tout! J’ai la nausée! Moins du corps de M’am qui est étendu là, dans la pièce d’à côté, qu’accablé par mes incertitudes, où est la voie?»
Est-ce que la mort est un détail?
Pour François, la mort de sa grand-mère c’est la fin d’une époque. Six mois d’hôpital et deux ans de convalescence dans leur maison en Ardennes. M’am, une des premières avocates belges: fine, intelligente, combative, aussi sourire que gentille. Pour sortir François de son état comateux et calmé ses turbulences, elle a reproduit les mêmes gestes que douze ans auparavant: lui donner des crayons et du papier. Il s’est laissé prendre au jeu, elle savait! Le soir elle prenait quelques minutes pour lui faire la lecture d’une méthode de dessin. C’était son propre bréviaire hérité du début du XXsiècle, un ouvrage destiné à l’école supérieure, aux illustrations fatalement désuètes. Les disciplines du crayon, fusain, lavis ou de l’aquatinte sont illustré par le même visage de héros, un noble et malheureux poilu de la guerre 14. S’il faut un paysage, c’est un coucher rougeoyant sur les berges de l’Yser, où l’astre se reflète sur les champs de mornes flots. N’empêche, l’ouvrage renseigne aussi bien sur les aspects techniques qu’esthétique: la composition, la perspective, les traits, les ombres, la fluidité du dessein. Quelques natures mortes ont sorti François de sa torpeur commotionnelle, plus tard le dessin encore lui permettait d’évacuer son impatience à quitter ses béquilles, pour pouvoir vivre enfin! Puis il y a eu cette réunion de famille pour Noël, il a eu l’intuition de ces caricatures quand il s’est rendu compte qu’il n’avait pas grand-chose comme cadeau,
- Ta maman s’en occupe, avait dis Mam’.
Il a eu une moue un peu exaspéré par l’idée que: justement elle s’occupe de tout. Mais, rien à voir, il n’allait pas essayer de lui expliquer.
Il a repris la liste des invités, Ses facultés étaient encore limitées, il y avait des trous noirs dans sa mémoire. Par exemple Louis c’est qui?
- Enfin! François, le petit de chez Maurine!
- A oui OK!
Ce soir de réveillon, il n’a pas arrêté de faire des croquis, sur des cartons qu’il avait préparés. En quelques secondes, il brouillonnait une silhouette, lui collait un visage et l’offrait à son destinataire. Ce qu’ils ne soupçonnaient pas, c’est que sous la facilité du geste, il y avait aussi de longues heures passées dans les albums de photographie à imprégner en lui, les traits, les gestes, les habitudes quasi génétiques de la famille. Une fois capté «son cliché», il ne lui suffisait plus que d’accuser le trait avec des pointes de chine à l’encre noire. Bref, tout le monde a été enchanté de recevoir son croquis. Peut être que le plus schizoïde de la famille pouvait être l’artiste parmi eux.
- Jingle Bell! Merry Christmas & Happy New are!
Mam s’est éteinte comme elle a vécu en souriant. Il n’a même pas eu peur quand il l’a trouvé sans connaissance un matin près de l’équinoxe de septembre. Il a quand même eu du mal à accuser le choc. Quant à la voie, il sait trop bien ce qu‘elle dirait:
- Travaille et laisse parler ton talent!
Michel
- En tout cas, quand il est réapparut, on a fait des soirées à donf!
Comme si c’était programmé d’avance les parents se sont séparés et la maison en Ardennes vendue. De bonne famille ne veut pas dire qu’il n’y a pas de margaille. Leur jeu de rôle dure depuis des lustres, avec de grands éclats deux ou trois fois l’an. Comme ses frères et sœur, François se fatigue de leurs histoires. Son père à évoquer avec lui, en un bref aparté, les mesures financières. Il a eu une droit à une remarque plaintive sur les incidences patrimoniales, mais tout aussitôt il le rassurait:
- Fais tes études, tu auras ce qu’il faut. Donnes-moi ton numéro de compte pour la garantie du studio. C’est plus raisonnable pour reprendre tes études.
Il n’a jamais eu de reproche à faire à son père, il gère tout et pour le bien de tous; Mais, peut être que pour une fois il aimerait avoir un autre sujet de conversation.
Il y a toujours eu des mères pour lui. Pour sa garde robe, elle supplée et l’emmène 2 ou 3 fois par an dans les magasins de la rue Neuve ou de l'avenue Louise. Cette fois-ci il lui fallait une veste chaude d’hiver et de nouvelles boots. Malgré son insistance à ce qu’il accepte de mettre des couleurs, François s’habille dandy, trendy de chemises blanches et de sombre, élégant.
Avec elle, il a des connivences de bout de chiffon, Ils prennent un temps fou à lui équipé et entretenir une garde robe, bien alignée dans le dressing du petit Duplex.
- Tu n’es pas obligé de dire à ton père que l’on fait les magasins ensemble.
Elle a des phrases, qu’il n’entend même plus, la plus niaise étant du genre:
- On n’a pas à se plaindre de notre famille royale!
Plus jeune il lui aurait balancé bien direct ses idées républicaines. Que la royauté était l’héritage d’une époque révolue et que l’état de droit devait suffire à gérer le destin de quelques millions d’hommes. Mais bon, il ne va pas lui jeter cela maintenant en faisant les courses, et puis à quoi bon; Elle est charmée du prince Roland, euh! Laurent, voilà tout. Il ne veut pas être désagréable avec elle, bientôt elle changera de voiture.
Pour peu qu’il ne croque quelques silhouettes par semaine, il lui semble que l’ouvrage est fait et qu’il peut se laisser vivre avant de passer le jury pour entrer à l’académie.
Appuyé contre le bar, la choppe pendante, Michel se laisse aller à ses propres confessions.
- Saturday Night Junkies! Un week-end sur deux on faisait la grande vie. Pas besoin de gsm à cette époque, ont se retrouvait le vendredi soir au studio pour fumé le bang, consommer de la coco et élaborer nos sorties: concert ou resto? Écumer les bars ou expérimenter d’autres drogues? En général, on faisait le tout deux ou trois fois.
- François se la jouait artiste cynique et ne manquait de provoquer les filles, il suffisait d’un dessin.
- Putain! Un soir avec Fabio cela a faillit mal tourner, vu que sa copine commençait à en pincer pour le grand dégingandé. Ce gamin prétentieux, en costume Armani. Ce soir là, tout potes et en affaire qu’ils étaient, ils ont réglé ça dans le caniveau, y compris le costard.
Puis François a vite calmé le jeu, non il ne s’intéresse pas à la fille et il puis y a trop d’enjeu: Celui de toutes sortes de deals passer entre eux pour fournir quelques potes fortunés ou moins.
La mécanique est rodée. Dès que Fabio lui donne le feu vert, départ vers Rotterdam! Là, il appelle d’une cabine téléphonique et prend livraison d’un colis dans un atelier de prêt-à-porter, une façade pour un commerce plus fructueux. Une simple livraison? Une caisse en carton de quelques kilos! Avant de reprendre la route, il se trouve un endroit discret pour planquer le matos: sous et dans les sièges. Il y a une chiée de plaquettes de shit: cent vingt grammes fois cinquante font bien six kilos, plus trois coussins de beuh.
- Bordel, il me faudra ré-emballer ceux-la, ils schlinguent trop.
De là il repart en respectant scrupuleusement les limites de vitesse, du moins dans les agglomérations, mais il trace! Mimétiquement on le prendrait pour un étudiant en droit, dans la voiture de maman, proprette. Oui, Ils ont déjà contrôlé son identité: les codes Larcier, fardes et raquettes de tennis font un leurre suffisant. Ils n’ont jamais été à fouiller. Sur la route Il entretient la moyenne sur le tapis de bitume d’une France chichement éclairée. Les villes s’éteignent derrière lui, l’une après l’autre, mangée par l’obscurité. Il vit un road-movie, sous les assauts de la guitare de Jimmy Hendricks: il est artiste pirate, contrebandier, aventurier:
«Il y a cet instant ou tu niques le pandore à la sixième et dernière frontière»
Il rejoint un discret estaminet à flanc de cathédrale dans l’Ouest ou un parking très fréquenté passé la frontière suisse. L’échange ne dure que quelques secondes mais suffisamment longtemps pour qu’il connaisse en ses gênes le reflux d’une paranoïa galopante!
Pour sa mère, dont il emprunte fréquemment la voiture, Il s’est fait une couverture du genre: je chine au Marolles de temps en temps. Ce n’est pas risqué qu’elle y aille, elle déteste le quartier du marché aux puces, la frontière s’arrête pour elle en bas du Sablon. A chaque transport il fait gaffe de ne rien oublier, vu qu’elle inspecte la cage. Fais attention on y ramène des puces, vraiment!
Michel
- Moi, j’étais loin de m’imaginer l’ampleur de son business même si je me doutais bien un peu de quelques embrouilles quand on se retrouvait au bar et qu’il avait ses poches remplies comme une officine. Mais bon, on était ni dealers ni junkies. C’était une époque où on expérimentait des univers parallèles, LSD, champi, datura, on essayait de tout.
Tout excité, Michel doit cependant se ré-abreuver quelques peu, ce qui permet à Sandrine d’aller au pt’i coin et à l’auditoire de digresser. Il reprend pour un public étonnamment attentif malgré le chambard de la taverne et les sirènes de police!
- Puis quand il a rencontré Maria, très vite, Il nous a prétextés de sa préparation à l’examen pour faire un peu le ménage, nous prié de venir moins. Eh! On n’allait pas coller les deux tourtereaux.
Ils se sont rencontré sur le parquet de danse de cette boîte Sud américaine. Il y a une barque en peau qui couronne le bar. Leurs déhanchements se sont croisé à plusieurs reprises sous les éclaboussures colorées des luminescences du light. Ils ont un peu parlé. Il l’a trouvé originale, mais François n’y connaît rien: ni au monde, ni aux femmes.
Tiens! On peut être brésilienne et blonde? Il aime sa voix, mais comment la décrire? Chantante?
Elle travaille beaucoup, dans un hôtel et puis comme serveuse dans un bar, le vendredi - Pratique pour ne pas devoir se donner rendez-vous. Il a donc hanté quelque temps la bordure du marais Saint Géry. Chaque fois, c’est un peu une expédition. Il doit faire un circuit incroyable pour garer la voiture dans le quartier. Il ne peut pas se permettre l’infraction, ici cela ne pardonne pas. Il aurait trop la gêne d’avouer:
- Maman, ta voiture est à la fourrière!
- J’ai toujours un peu de mal à m’orienter dans ce coin!
Quand il sillonne l’Europe en voiture, il peut se fier à un sens précis de la cartographie. Mais, dès qu’il devient piéton, il perd les pédales, désorienté par l’enchevêtrement des ruelles. Au bout d’une demi-heure il tourne encore à marcher sous la pluie en traînant une jambe qui le fait souffrir depuis l’accident, il en a marre, a déjà envie de rentrer.
«Tiens, je suis déjà passer devant cette maison, je reconnais les colonnes décorées d’une panoplie de personnages. Ah oui, c’est là! »Il a voulu regarder l’enseigne du bistrot, mais la pluie devenant battante il s’est plutôt engouffré à l’intérieur. Consommateur discret, pour ne pas perturber son service, il commande une «Cachaça». Si la clientèle n’est pas trop nombreuse, elle se fait relayer pour bavarder avec lui quelques minutes.
Le vendredi suivant, il est arrivé un peu tôt et la salle était quasiment vide, pas de Maria! Il allait l’attendre, mais elle lui a fait signe de la devanture du café d’en face.
Il a traversé la rue avec toute la fierté de son long manteau et de son chapeau de «gringo», il sait qu’elle craque pour son chapeau. Le feutre, n’était pas à la mode à l’époque, mais cela lui allait bien, Malgré une méchante cicatrice qui balaye son hémisphère droit, il a du charme, peut-être plus encore? En fait, il a un look de petit gangster, mais seulement quand il n’a rien ni sur lui, ni à se reprocher! Avec Maria, François a eu son habituelle tchatche, du moins pour l’interroger. Il voulait tout savoir! Elle était de père polonais, de mère brésilienne. Polonais au milieu du XXS, pour fuir quoi? La guerre? Avant? Après? Il imagine de longs défilés d’armées aux étoiles rouges. Dans leur silence, il y a parfois le fracas de bombes. Oui mais brésilien, c’est quoi? Il voyait des peuplades indiennes sur des pyramides observant la venue des galions, espagnols ? Non portugais!
C’est là qui compris l’empreinte de sa voix, cet accent de la culture portugaise sur la langue française. Ah! Oui, les Portugais, Cesaria Evora, le Fado. C’est sans doute sa curiosité qui lui a plu. Elle n’était pas avare de réponse, ni même de question elle aussi, mais là, Il répondait plus évasivement avec des phrases inachevées, des allusions à ses dessins et la dérision du destin. Elle s’est un peu moquée de lui en passant la main dans la chevelure blonde.
- Quel destin? Tu es si jeune encore!
Il aurait voulu au moins crâner un peu, lui dire de quoi il était capable. Mais, il ne fait que dodeliner de la tête en rougissant.
«Démasqué! Elle a si parfaitement raison»
Il s’est aperçut qu’elle était connue dans le quartier, les commerçants lui parlent avec déférence. Elle a démarré comme simple chambrière pour les hôtels du coin, mais débrouillarde et multilingue elle a vite grimpé. C’est une personne de confiance, qui semble heureuse de ces dix ans de profession
- Et puis tu comprends, le patron m’a déjà parlé d’un poste rien que pour moi dans un grand projet hôtelier.
Il y a aussi sa fille qui compte beaucoup. François a été un peu désarçonné quelques semaines plutôt quand elle lui en a parlé. Ah oui un enfant! Tout d’un coup il s’évoquait confusément quantités de responsabilités, qu’il se voyait mal assumer.
Évidemment ses sentiments étaient un peu à la torture, il commençait à aimer! Heureusement pour nous, sinon pas d’histoire! L'amour, un détail?
Il préfère pourtant se faire discret, au cas ou ses frasques ne lui viennent aux oreilles. Sans doute laisse t-il l’idée s’installer, qu’il pourrait faire l’effort de ne pas seulement regarder qu’à lui. Il se rassure de la maturité de Maria: de tous ces risques qu’elle a su affronter pour arpenter le monde, de sa capacité à assumer son boulot son rôle de mère, toutes choses pour lui si proche et pourtant étrangères.
Ce soir là, il s’était préparé, il a un peu osé.
-Tu sais, si tu veux, on peut une fois se retrouver pour une balade avec ta gamine, comment?
- Irina.
Elle ne s’est pas refermée, mais elle a pris un autre ton. Elle n’était pas insensible, mais prudente.
- Je ne sais pas si c’est bien pour elle, il n’y a rien entre nous
- Mais! Justement!
- Justement quoi?
- Peut être qu’on pourrait..
En souriant encore:
- On pourrait quoi?
- Je ne sais pas moi, se connaître un peu mieux!
Elle a répondu aussi sec avant de l’embrasser, d’oser reconnaître en elle son inclination!
- Commençons par ça!
Là évidemment, il tombe un peu de sa chaise, elle le redresse en riant, se dégage.
- Bon ce n’est pas tout ça mais il faut que je travaille, mais si tu veux ont peut se retrouver après! D’accord?
Cette grande gueule de François, la regarde béatement.
- Oui, oui.. Je vais rester encore un peu ici, je passerai au bar plus tard.
- A plus.
Cette nuit là fut enflammée. Malgré la fine pluie piquante ils ont flirté à même la rue en riant. Ils ont fait une tournée des bistrots, du quartier St Nicolas à celui de St Géry: Soleil, Java pour finir au Bison. Elle buvait moins qu’elle n’en était capable, lui était bien éméché et jouait son grand numéro. Ainsi il interrompait la circulation de manière intempestive, pour que la voie soit ouverte à leur idylle.
- Ah! T’embrasser, une nuit, sur l’Anspach Boulevard!
Il la faisait rire, même si elle restait attentive à ses débordements et à l’intervention possible des flics.
Elle a du insister, pour qu’il ne reprenne pas la voiture.
- Mais si je suis capable! Pour TOI, JE suis capable de tout, de Tout, TOU!
Personne ne doute qu’elle n’aie eu le mot de la fin. Ils se sont trouvés un tacard sur le flanc de la Bourse pour remonter jusqu'au studio, à Saint-Josse.
Michel
- Bref pendant deux week-ends, ils ne se sont pas quitté, le film une love story, violon et tutti quanti!
Michel ne va pas jusqu’à vous raconter les détails intimes. Il a des intonations qui en font l’ellipse, qui en révèle mille. Le sexe encore un détail?
Si vous en voulez des preuves formelles, il y a sans doute quelques croquis qu’il à fait d’elle endormie. En se réveillant, elle a été à la fois ravie et un peu confuse de s’être trop dévoilée. Elle a gardé les dessins d’autorité, pour être sure qu’ils ne seraient pas regardés, diffusés. Ils ont tout exploré: leurs corps au matin, le parc l’après-midi et son album photo. La fois suivante, elle avait ramené le sien lui montrant la plage idyllique d’où elle venait.. où elle irait:
- Cet été.
Évidemment on n’y coupe pas. Un matin il lui a demandé:
- Comment dit-on mon amour en Portugais?
- O meu amor.
- Et une amourette?
- Amourette? Amourette!
- Et le grand amour, alors?
Elle a fait une moue enfantine tout en semblant interroger la lumière à l’angle supérieur de la pièce.
- Entre toi et moi, c’est:
- E um flirt que vai da paixăo ao grande amor
En partant, elle a laissé sur un sous book circulaire, son adresse, près du midi.
Et puis il y eut ce transport décidé en début de semaine et un court temps d’interrogation: peut-être fallait-il décrocher? Mais, comment expliquer à Fabio? Et puis l’argent, les vacances au Brésil, la plage.
III.
La loi n’est pas un détail! Le destin vous tape aussi sûrement dessus si vous lui chercher des noises. Ce n’est pas peu faire que de se
mettre en margaille avec les lois et la société.Michel
- C’est évidemment cette fois là que ça a cagné!
Au sortir d’une ville d’escale, Il s’est fait enfermer dans un piège urbanistiquement étudié: sur l’étroite bande d’entrée d’autoroute, les flics attendaient: Motards, agents en civil ou en uniformes se relaient pour sélectionner les véhicules à passer au crible, un fin tamis pour tout contrôler: l’alcool, les papiers, les armes, la drogue, de quoi mettre à jour quelques dossiers actifs sur la table européenne de l’après Schengen.
Un instant il eut l’instinct de fuir, passer en trombe devant les camionnettes ou faire demi-tour, mais c’est déjà trop tard, en plein jour la chose est trop risquée. Effectivement, il y a déjà une mitraillette qui se pointe dans son rétroviseur. L’interpellation s’est faîte dans les formes, ils étaient courtois, mais ils cherchaient.
«Et ce fichu coussin de beuh qui schlingue»
Dès qu’ils ont capté le bien fondé de leurs soupçons il s’est ramassé une prise de combat, ramenant ses pouces en arrière, menaçant de les casser. Il s’est demandé comment adapté son comportement, mais il est déjà adapté, il fait profil bas. Du reste que faire quand vous êtes menotté à un radiateur.
En l’attente de l’interprète il a cherché à se faire un scénario plausible, mais n’en trouve pas vraiment. Son premier interrogatoire n’apporta que peu de réponse aux enquêteurs, selon ses dires il venait d’un parking à un autre. De nouveau, dans la procédure d’internement il s’est laissé conduire.
- T’as pas vraiment le choix. Tu signes le récépissé du contenu de tes poches. Tu imprègnes ton pouce gauche d’encre et tu le mets là sur la case à gauche et ton pouce droit dans la case à droite. Tu pose pour la photo avec ou sans lunettes, de profil et de face.. Tu suis, tu fais ce qu’on te demande! Tu es toujours dans le scénario, mais tu as l’impression de t’être trompé de film.
Devant la juge, élégante, il a admis les faits connus par eux, à quoi bon prouver le contraire. Il se prétend un maillon ignorant, mais qui a une morale, il ne transporte rien que des drogues douces. A la fin de l’audience, le mettant en examen, elle lui a demandé s’il fallait prévenir la famille. Sur le coup, il a pensé à Maria. Il a donné le numéro de son frère. Vous Imaginez sa mère recevant la nouvelle de front! La démarche ne fut pourtant pas effectuée et c’est bien elle qui s’inquiéta de son absence trois jours plus tard, en introduisant une procédure de mandat européen de recherche de disparu. Il est censé informer en 48h d’un accueil dans un hôpital ou un lieu d’incarcération, mais voilà, il n’y a pas qu’en Belgique qu’il y a des dysfonctionnements. Ce n’est qu’une semaine et demie plus tard qu’elle fut sinon rassurée du moins informée du sort de François.
Du reste, il était effectivement quasi inexistant. «Fermer les tentures.. Toujours ces interstices.. Ces traits parasites. Ne plus voir! Ni entendre! » En prison on peut le cas échéant, non vivre, jusqu'à dix-huit heures de sommeil sur vingt-quatre. La première nuit il la passé à résister à la nausée, dans une chambre collective à l’imbroglio ethnique avec un Yougoslave en instance de transfert se gavant de musique sirupeuse.
Le lendemain il est écrasé par la promiscuité de tant de mur, de tant de gens. La prison a en commun avec la ville d’être peuplée et cosmopolite: six nationalités, avec un évier, une toilette fermée d’une tenture, trois repas par jour, deux douches par semaine, visite de médecin, une heure de préau, bibliothèque: la prison n’est jamais anachronique, son régime est immuable. Un français à préférer accueillir ce belge un peu falot dans sa cambuse à deux lits que de se ramasser un serbe ou un allemand. Il a un petit boulot à l’étage du haut, cela laisse à François le temps de dormir. L’après-midi il arpente silencieusement le couloir de vingt-sept pas de long et puis le soir la télé lobotomise.
Il lui a fallut une semaine pour émerger, il commençait à voir le mur, à en prendre conscience ! L’accident de moto n’a pas suffit, il est allé jusque là, ce point limite d’où il ne peut revenir indemne. De concert il a brisé le mur de Berlin avec Pink floyd. Il s’est passé le film bien dix fois en VHS, mais ici l’enceinte est belle et bien là, tangible, infranchissable, indestructible, carcéralement réelle. Mauvais décor, très mauvais plan!
Il a finit par se réveiller assez pour se trouver un avocat, une femme. Elle lui conseillait de tout dire, mais il n’est pas du genre à lâcher les potes, et puis il est plus préoccupé par le comment expliquer ça au siens et retrouver le carton de Maria.
Il a le secret espoir que l’avocate retrouve le message dans la voiture, mais peine perdue, le carton fait partie des pièces à convictions. Son sang à fait un tour.
- Mais, elle n’a rien à voir la-dedans!
- Donc pas vraiment de problème.
- Mais si je veux lui écrire?
- En dehors de votre famille il faudra faire procédure pour avoir l’adresse. Ce serra au procureur de statuer s’il faut une commission rogatoire pour aller l’auditionner, mais ce n’est pas sûr, tout cela coûte au département. Mais à propos d’adresse si vous me parliez de votre commanditaire, vous l’appelé Jacques n’est ce pas?
La relation restait tendue, elle attendait qu’il lui crache le morceau. Il s’en tenait à sa première version de peur de n’avoir trop à mentir. Il sentait qu’il lui faudrait leurs donner quelques chose, il y réfléchirait. Pour l’instant, silence.
Du temps pour réfléchir, c’est ce qu’on met généralement comme valeur aux prisons. On y apprend qu’il ne faut pas confondre la justice et le droit. S’il y a bien un juge pour trancher, c’est au nom de la loi des hommes. Pas de chance pour François, ceux là n’aiment pas le Cannabis!
Comme la fortune, la prison fait ou défaits les hommes et François se tient droit, il a de l’espoir, il y aura bien un après. Il est prudent de ses affinités avec les autres détenus, ayant remarqué qu’ici tout le monde se déclare innocent. Il n’est pas très intéressé par le film de série B où le match que se disputent l’écran du couloir certains soirs, les pubs pour la bière le mettent particulièrement en rogne. C’est pourtant l’occasion de sortir de la piaule, de faire quelques commentaires pour être en relation avec tous. Il fréquente plutôt les Italiens pour la proximité de langue. Tout en tenant ses distances il n’est pas avare de sa cantine ou d’un service, les gardiens et détenus ont bien compris qu’il était éduqué. Ainsi Reinaldo un Portugais parlant quelque peu le français.
- Comment dit-on: Mon île en portugais?
- A minha ilha.
- Tu peux me le noter?
Bon prince François le remercie d’un bon demi-paquet de cibiche. On remarquera par ce biais, que la prison n’est ni juste ni démocratique. Revenus légaux ou pas, les détenus nantis, disposent à prix fort de bien et de services que d’autres moins roublards ou fortunés non pas.
Pour l’adresse de Maria, Il a cherché le rappel d’une combinaison. St Gilles ou Forest? Il faut éluder la question, ne pas dire qu’elle est la rue ou le numéro, mais qu’est ce que je vois? Me faire la vision de l’alignement des caractères.. Peine perdue.
Pendant ces mois il a comblé le vide carcéral par des brouillons de lettres. A sa famille pour tenter d’expliquer à Maria pour d’hypothétiques confidences. Impossible à envoyer, elles restaient d’autant plus ouvertes à toutes les confessions possibles. Mais de vive voix que serait-il capable de dire?
Le1 janvier
Je n’ai jamais connu menu de réveillon plus frugal, pain noir, gruyère et confiture de cerise. Impossible d’entendre les douze coups de minuit, sous les pétarades de pétards. M. Raphaël me dit qu’en Italie il y a des morts chaque an, par la coutume porte-bonheur de jeter un objet usager par la fenêtre, cruche ébréchée ou vieux lavabo.
Lui écrire? Mettre de l’ordre dans ces fragments de réponses, d’images éparpillées dont-il cherche le sens. A -t-il encore une chance? Il ne peut plus feinter, elle le démasquerait avec trop d’évidences, il n’a plus rien à perdre, trop à gagner. Il a défait chacune de ses carapaces, cherchant les mots pour exhumer les strates successives de sa petite existence, en déterminer l’épaisseur. Le silence pourtant est resté son rempart dans cette affaire et dans la gestion de ses émotions.
«Fermer les tentures, encore des interstices! Fuir! Encore dormir» Oublié cette étrange maladie qui lui impose le silence sur les mots à dire ou à écrire: ce qu’il vit vraiment. Même pour le dessin sa main ne se retrouve plus, trop malhabile. On peut ainsi refermer une tranche de l’histoire en concluant qu’il faut parfois peu de choses pour briser un talent.
Le 17 janvier
Te décrire le contour de ma détresse c’est faire le chant lugubre de tout ce que je voudrais fuir ici!
Je suis prisonnier. Les couloirs résonnent de mille pas, qui ne sont pas miens, entre ces murs de néons crus et le regard des caméras. Les portes se referment sur les mots qui ne viennent pas, cloisonné par l’impénétrable.
Chaque chose de ce quotidien est confiné en quelques bribes inintelligibles. Je suis: la volonté à part, la noirceur accablée de négritude, la fouge dissidente, l’étendard perdu, plus encore la marge blanche, le déni. Conscience désertée du destin, présumée innocente et pourtant coupable, la lie qu’on ne saurait boire
J’ai arpenté mille fois mille fois
Les quinze carreaux de la cellule
Dix pas vers la fenêtre grillagée
Dix autres vers la porte blindée
Fermée
Aussi sûrement que je n’y touche jamais, le vide étrangle chacune de mes volontés, dans le rêve d’un oubli sans limite. Il n’y a pas de loi plausible pour excuser le crime, pas de toge noire pour s’acquitter d’une défense impossible, peu de faisceaux de preuves corroborant mes dires
Dix pas encore vers la porte fermée. Je ferais bien une prière électrique si je savais à quel dieu ou diable la vouer, n’importe lequel peut faire l’affaire, s’il fait taire mes membres ankylosés, mes douleurs encavées. Muettement, je hurle ma litanie, hurle et hurle encore! Jusqu’à ce que ma voix se déchire, ma voie, dans une symphonie de silences.
Mais l’écho du néant rattrape mes pas, il me faut marcher encore pour briser ma résistance elle aussi, pour retomber sur le lit de fer où d’autres avant moi se sont abandonné.
Je patauge dans mes draps gorgés d’émotions inavouables, sur des océans de tempêtes d’humeurs sombres. Il y a dans ma mémoire un monstre impossible, les lambeaux d’une épave en dérive à jeter à la grève de l’oubli. La plaine tout entière est nue après temps de guerre et il n’y a plus de zones blanches sur la carte, de terre inconnue, de limite frontière pour m’indiquer le foyer de vie. Je suis perdu dans l’inextricable, étranger sur mon parcours, dans le sillage de chemins oubliés des vivants.
Tu vois, maintenant, devant toi je suis dénué de tout, l’absence décharnée suppliant la tendresse de tes bras
O neu Amor, a minha ilha.
Je veux remonter en Amont de l’intarissable, là où ton murmure indique la source, l’ivresse à boire nos jours dorés, l’abandon sans trêve aux sourires aimés.
Il s’est subitement réveiller en nage, avec l’impression tangible d’avoir été touché au visage. Cette correspondance à la poésie tourmentée n’a jamais été envoyée. François, n’a jamais été prêt à remettre les choses au propre de ces fragments qui peuplent ses sommeils agités. Ils s’y mêlent la culpabilité, les accents juridique de son affaire et cet amour ébauché.
Quand il est las d’être confiné sur sa personne, il s’évade par la lecture ou il se gave de paysages en quadrichromie de la revue Géo: l’Inde, l’Amérique du Sud, le Brésil, les îles. Cela ne fait pas de doute pour lui: à son retour, il partira. Et le dessein reviendra. Un nouveau film..
Limitons les détails juridiques. Pour la famille de François c’est surtout une question de procédure, les jugements de valeurs viendraient plus tard. Bref, au renfort d’un nouveau bureau d’avocat il s’en sort avec le maximum de la préventive déjà écoulée de six mois.
IV.
Arrivé en Belgique il s’est d’emblée disputé avec sa mère:- Qui ça Maria?
- Ah! Oui, cette fille là, elle est venue au studio un bon mois après ta disparition. Ton père et moi nous n’étions pas d’humeur figures-toi! Va savoir si elle n’était pas de connivence dans vos trafics ! Une brésilienne! Et puis on a du tout déménager du studio et moi j’étais sans voiture.
- Et tu ne lui à même pas laissé mon adresse, la-bas.
- Non, pour quoi faire?
Il a définitivement claqué la porte!
Maria, il voulait retrouver Maria. Il a pris le train de Rixensart jusqu'à la gare Centrale et de là le métro. Il voulait aller vite, réparer l’écart, c’est possible! Il lui a fallu patienter encore avec la foule encombrant le quai de la ligne 1Erasmus/ Baudewijn. Par contraste et similitude tout ici est vacarme: les conversations, les escalators, le quai de néon à l’interstice de ses paupières. Il y a un gouffre profond, interdit, insondable d’où surgit un feulement de moteurs électriques en descellération et le fracas du charroi sur sa course. De métal à métal le frottement est une stridence, un cri qui s’éteint derrière elle dans le tunnel. Avant la rame, à la courbe du boyau, son feu monoculaire fait naître un jaillissement de luminescences effilées sur les rails suspendu dans le noir. Arrêt en station, chuintements de vérins hydrauliques, claquement de porte automatique, la foule se précipite, se joue d’elle-même pour entrer et sortir, lui aussi, emporté, Alarme intermittente, fermeture et re-chuintements et reclaquements. Rire et sourire, conversation via quoi? Un téléphone sans fil? Il sent la nausée venir à lui.
Il s’est muré, ne pas voir, ne pas entendre, ne rien dire! Il ne reste plus que cette sidération de la caverne urbaine et la longue plainte magnétique de la motrice, en crescendo de la vitesse nécessaire à percer la nuit.
Place de Brouckère, Enfin!
En d’autres temps il aurait flâné chez le bouquiniste mais là il n’y a porté aucune attention, ni même aux onze millions de touriste qui visite la grand place tous les ans. Il était sonné! Au cœur de St Géry, le plus ancestral de la ville, il a de nouveau eu cette curieuse impression de perdre son sens de l’orientation, Il avait pourtant redessiner mentalement, l’itinéraire, le plan des rues, quelques traits rouges sur le pentagone de la ville! Des Halles à quelques encablures du fronton de l’église des Riches Claires, Il doit bien pouvoir se souvenir d’une enseigne, se rappeler cette plaque qu’il a déjà lue. Il s’étonne de ses erreurs dans la topographie, de commerces déplacés.
- La maison aux colonnes, mais oui c’est bien par-là!
Enfin il a retrouvé la rue, au coin il a levé les yeux pour y lire l’inscription, mais, il n’y a que le rectangle bien définit de salissure, d’une plaque que l’on a arrachée. Du coup quand il a trouvé le bar, il s’est engouffrer dedans sans prendre le temps de lire l’enseigne.
C’est là que Michel, la retrouvé. Sans Michel, pas d’histoire:
- C’est la dernière fois que j’ai discuté sérieusement avec lui, j’ai du lui tiré un peu les vers du nez pour qu’il me donne sa version mais je crois que cela lui faisait du bien aussi, même si on le sentait marqué, nerveux. Il attendait Maria!
- Vers 21heure il s’est inquiété.
- Tu ne sais pas si Maria travaille ce soir.
- Je me suis informé, au bar c’était Victor un grand blackrastaman, sa réponse est restée vague.
- Elle est partie depuis une bonne semaine
François
- Pour longtemps…au Brésil?
Victor
- Je ne sais pas moi, Mais non, je crois qu’elle est partie travailler pour un grand hôtel aux Maldives.
Michel
- La dessus, François a blêmit et s’est éclipsé Illico
Il est retourné traîner près de la gare. C’est les derniers jours de la foire du midi, Il fuit les lumières tonitruantes et la grande roue qui lui donne le vertige. Il a encore fouillé une fois dans le quartier, la rue d’Argonne ou de Mérode, c’est fatalement dans ce coin là, mais il n’a pas trouvé la maison, il n’y a jamais été. Qui plus est, tout ici est en ruine ou promis à la démolition.
Pour la tablée il est temps que Michel finisse de raconter, on en est déjà à quelques tournées et il y en a bel et bien un qui a trouvé un plan tarpé. D’où certains ont envie de se faire la malle dans un lieu plus discret. Quant à notre premier protagoniste, le mateur de nos débuts, il se sent un peu perturbé par le parallèle de la situation. Même s’il est convaincu de retrouver Isabelle.
Dis-moi Michel, tu l’as revu ce gars?
- Ah! Si tu veux le voir c’est no problemo. Il est généralement affalé sur un des bancs en grillage de la station de tram en gare du midi. Je te préviens, la voirie y étend fréquemment une drôle de sciure rose pour masquer la gerbe et le vin. Il est hirsute et y pue, si tu veux lui parler, achète-lui une vodka bon marché, au night-shop pakistanais d’en face c’est devenu sa came habituelle.
Là, vous me direz que l’on vire carrément du drame vers le glauque, Certains trouveront même cette histoire mal fagotée, un mauvais film. Trop de détails sur le personnage central et même pas un happy end pour faire une bonne nouvelle. OK, d’accord! Vous en voulez une autre? Plus crédible! Il ne serra pas plus aisé pour l’auteur de vous raconter pourquoi le loqueteux en bas de ma fenêtre passe des soirées entières à noter des listes astronomiques de numéros de plaques minéralogiques.
Eh oui! La misère humaine n’est pas un détail!
Mais, laissons conclure Michel.
- François? Tu le trouveras là! Balbutiant plus qu’il ne raconte une histoire où il est question d’une île, d’une plage et de suivre des pas. Une trace sur le sable.
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